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Réflexion sur la conservation préventive et la restauration des automates présents au Musée de Souillac
L’automate est un mélange de divers matériaux ayant une possible interaction. Celle-ci est généralement ignorée par le fabricant.
Cette ignorance résulte dans le fait, qu’historiquement l’automate, n’a pas été créé dans l’optique d’une longue conservation.
A l’époque, les automates ont été souvent classés sous la rubrique « Bimbeloterie » des annuaires et expositions professionnelles. Cela signifie que malgré l’ingéniosité de ces créations, de leur prix parfois élevé et de leur attrait, ils ne bénéficiaient pas d’une estime particulière aux yeux de leurs contemporains.
Leur construction est souvent exécutée d’une manière irréversible (vêtements et cartonnages collés, enfermant ainsi les mécanismes à l’intérieur des corps), exception faite pour les automates électriques plus tardifs. En raison de leur destination à des fins publicitaires avec une demande de fonctionnement permanent et fiable dans le temps, le fabricant a souvent prévu un accès plus aisé au mécanisme pour la lubrification, les réglages et les réparations.
Les interventions d’un restaurateur doivent être minimalistes.
Pour décider d’une intervention, il faut d’abord établir une réflexion sur sa nécessité.
Par exemple, est-elle nécessaire pour améliorer la lisibilité de l’objet ou juste pour en garantir son bon fonctionnement ?
Les raisons possibles pour lesquelles un automate n’est pas en état de fonctionnement sont multiples, mais pas forcement très graves. Un simple grippage dû aux lubrifiants vieillis peut empêcher le fonctionnement de la vis sans fin (le régulateur) et par ce biais le fonctionnement de l’automate tout entier.
Une intervention dans un automate du 19ème siècle, même aussi bénigne que le nettoyage de l’intérieur et une lubrification des éléments mécaniques, doit toujours être considérée comme lourde. L’accessibilité aux éléments mécaniques est souvent extrêmement réduite, contrairement à une mécanique du 18ème siècle dont la conception est plus proche de l’horlogerie.
La connaissance de leur construction selon chaque fabricant est indispensable pour garantir des interventions les moins dégradantes possibles en accèdant directement au bon endroit (des radiographies et leur bonne interprétation peuvent s’avérer très utiles).
Une bonne connaissance des matériaux constituant les automates est également nécessaire afin d’assurer une intervention qualifiée. Du fait de l’interactivité des différents matériaux, les interventions de restauration doivent se faire de préférence sur le même lieu de travail et avec une bonne coordination sur les sous-ensembles constituant l’automate.
Pour leur conservation, il est nécessaire de considérer un automate comme un système complexe de matériaux multiples, avec leur propre vieillissement et leur interaction par leur co-présence en contact direct. Ces éléments de différente nature sont dans un état d’équilibre précaire.
Les facteurs influant sur cet équilibre sont les suivants :
- la lumière
- la température
- l’humidité
- la composition de l’air
Selon les matériaux, chacun de ces facteurs a une influence plus ou moins importante.
Une surveillance permanente et régulière est nécessaire afin de constater un changement de l’état visuel de l’automate et d’en déduire son état interne.
Les automates doivent être filmés, afin d’en conserver en mémoire leur chorégraphie.
Le fait de les filmer est aussi un bon moyen de rendre la lisibilité de l’automate la plus complète possible pour le visiteur (projection sur écran vidéo à proximité).
Nous avons entrepris de filmer un certain nombre d’automates et jouets mécaniques en 2004.
Cette campagne sera poursuivie dans le futur dans le cadre de la réfection des vitrines et le déplacement des automates. La manipulation des automates sera ainsi réduite au minimum.
Au Musée de Souillac, un certain nombre d’automates électriques sont présentés en fonctionnement.
Lors de mon arrivée à Souillac, une de mes premières interventions fut l’aménagement de la durée du fonctionnement de chaque automate. Il fallait trouver un compromis entre la fréquence minimale du fonctionnement réduisant l’usure au minimum et l’intérêt pour les visiteurs de voir les automates en mouvement.
Un programme informatique assure cette fonctionnalité depuis l’ouverture du musée.
Aujourd’hui, cette installation est remplacée progressivement par des microcontrôleurs programmables et indépendants pour chaque salle.
L’ajout d’un contrôle de présence de visiteurs dans les salles permet de réduire le temps de fonctionnement des automates sans influence sur la présentation du Musée.
Il existe une fiche pour chacun de ces automates qui permet le suivi de son état et témoigne des interventions.
En réponse à la décision du Musée de faire des démonstrations d’automates mécaniques pour en accroître son attrait, j’ai porté mon choix sur des automates qui, par leur construction, permettent un accès non destructif et direct à leur mécanisme. Sur mon conseil, une exposition à proximité immédiate du lieu de démonstration réduit les risques liés à leur déplacement et une fréquence de deux démonstrations par jour, uniquement en période estivale, permet de préserver leur mécanisme.
Les automates présents dans des collections autres que le Musée de l’automate de Souillac
La principale différence entre les automates présentés dans les Musées de Souillac, de Falaise et les autres collections en France et à Monaco est la suivante :
- Les collections de Souillac et Falaise proviennent du fabricant avec des interventions de réparation pour les rendre fonctionnels. Les interventions ont eu lieu dans son atelier avec l’outillage d’origine et ses connaissances.
- Les autres collections (Neuilly et Monaco par exemple) sont constituées d’objets de collectionneurs. Ces automates ont subi pour la plupart des interventions de réparation parfois lourdes de conséquence. Ces interventions ont souvent été exécutées par des horlogers ou mécaniciens ayant la réputation de savoir tout faire. Cette démarche était conduite par le désir du collectionneur de maintenir sa collection en bon état de fonctionnement, et d’en préserver sa valeur.
Les intervenants ont souvent modifié la construction même de l’automate en changeant des pièces, les moteurs à ressort ou encore les vêtements.
La volonté de réparer l’objet, mais le manque de connaissance dans ce domaine, avait des résultats souvent très interventionnistes et interprétatifs.
Le changement des vêtements était souvent toléré ou demandé suite à une dégradation des tissus d’origine due aux frictions créées par le mouvement et l’exposition à la lumière non filtrée.
En 1998, lors d’un audit demandé à notre entreprise par le conservateur responsable du Musée de Neuilly concernant l’état des automates, nous avons pu constater ce type de modifications.
Une intervention de restauration éventuelle nécessite une étude très approfondie et des connaissances étendues dans le domaine des automates.
La comparaison avec des automates existants dans d’autres collections publiques ou privées permet une analyse précise et un plan d’intervention fondé.
Il est également nécessaire de connaître le comportement du collectionneur, la date des acquisitions et si possible la provenance des automates. Il existe des collectionneurs très « puristes », mais aussi des collectionneurs peu regardants, résultat d’un manque de savoir et souvent d’une démarche peu scrupuleuse des marchands.
D’autres collections importantes se trouvent aux Etats Unis, au Japon ou encore en Chine où l’on trouve des automates du 18ème siècle.
J’ai eu l’occasion de visiter ces collections lors des déplacements professionnels de notre entreprise et certaines réunissent les paramètres du collectionneur idéal pour ces études comparatives.
La collection de Monaco présente une autre particularité.
La Principauté a fait le choix de copier certains automates mécaniques comme « la Charmeuse de serpent « et «L’homme aux masques » avec les mouvements conformes aux originaux. Ces copies ont été élaborées dans les ateliers de notre propre société (Clepsydra Automates) sous la direction des descendants de la famille Decamps.
De cette façon, l’original est conservé et sert de référence.
En conclusion, le métier d’un restaurateur d’automates est très complexe.
- Il doit posséder une connaissance historique et approfondie de nombreux matériaux, notamment leur fabrication, transformation et leur application aux automates.
- Il doit avoir un regard très analytique sur l’aspect et les fonctions de l’automate.
- Ses connaissances en mécanique doivent s étendre jusqu’aux limites techniques de la cinétique.
- Il doit disposer d’un regard esthétique sur le mouvement dans les trois dimensions de l’espace.
Le réglage final des mouvements d’un automate après sa restauration « matérielle » est un facteur primordial pour la réussite de l’ensemble des interventions.
- Il doit être capable de porter un jugement sur des systèmes de « cause à effet » parfois très complexes lors de son intervention.
- Des connaissances en chimie sont indispensables pour identifier et inhiber les interactions des matériaux présents dans un automate.
- Le restaurateur doit connaître un grand nombre d’automates pour comprendre leur évolution tout au long de leur fabrication.
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